Marc, se découvrant, lui tendit la voilette.

— Voici, mademoiselle.

Le mot « madame » s’était arrêté sur ses lèvres. C’était sûrement une jeune fille que cette fine créature dont la peau avait l’éclat doré d’un beau fruit.

Simplement, avec une aisance de femme du vrai monde, elle dit :

— Je vous remercie, monsieur.

Et une ombre de sourire effleura la bouche très rouge, et les yeux, de larges yeux noirs, d’une profondeur veloutée, étincelants et chauds de vie jeune, des yeux avec lesquels pas une femme n’eût pu paraître laide.

D’un geste adroit, malgré la tourmente, elle rattachait son voile. Puis elle retomba dans une contemplation, tout ensemble si recueillie et si ardente, que Marc eut l’intuition qu’elle aimait passionnément la mer, que, devant un spectacle comme celui-là, le temps n’existait plus pour elle, qui s’enivrait de la violence du vent, de la voix tumultueuse des vagues écrasées sur les galets, de la houle éperdue des eaux, de la splendeur de ce ciel de tempête où, dans la déchirure soudaine des nuées, flamboyait la lueur fauve d’un étrange soleil couchant, pareil à un fantastique soleil d’apothéose.

Et Marc, la voyant ainsi, avait envie de la remercier tout bas d’être si délicieusement vibrante et jeune ; — comme aussi d’éclairer de sa grâce de femme ce farouche horizon de tempête.

Sûrement, ce fut le sursaut de son chien, inondé par l’écume d’une vague, qui, soudain, lui rendit la notion des instants enfuis. Elle secoua la tête, comme pour chasser la griserie du rêve. En même temps, un rire léger lui échappait devant la mine piteuse du chien, dont l’eau avait zébré le poil. Comme s’il eût pu la comprendre, tout en lui caressant la tête, elle lui disait :

— Mon pauvre Dick, voilà une aventure qui ne te plaît guère, n’est-ce pas ? Console-toi, va ; moi aussi, je suis toute mouillée ! Mais la fête est finie. Il faut que nous rentrions, car il est tard.