Josette n’acheva pas. Laissant retomber la portière, elle venait d’apercevoir Marc de Bresles, et une légère lueur rose colora son pâle petit visage, tandis qu’elle s’arrêtait, saisie :
— Oh ! pardon ! Je ne savais pas, Ghislaine, que vous n’étiez pas seule et je venais vous chercher…
Elle était prête à fuir. Ce fut Ghislaine qui la retint, parce que maintenant elle avait mesuré sa faiblesse…
Pourtant déjà son rêve d’une seconde était mort… La soudaine entrée de l’enfant la rejetait dans la réalité, lui rappelant qu’elle n’était plus libre, qu’elle avait déjà donné sa vie.
Folle, d’ailleurs, d’avoir espéré quelque chose ! Espéré quand, seule, sa générosité chevaleresque avait pu faire parler Marc de Bresles ! Heureusement, elle s’était tue… Ah ! heureusement !…
A peine, elle entendait les paroles qu’il échangeait avec Josette, prenant congé de l’enfant. Elle savait seulement qu’à elle aussi, il allait dire de semblables paroles, correctes, et qu’elle devrait y répondre sans rien trahir de l’angoisse qui, tout à coup, brisait son courage.
Obsédants, quelques mots mélancoliques d’un poète, fragment de vers oubliés, hantaient obstinément sa pensée : « Il pleure dans mon cœur… » Comme si ce lambeau de phrase eût été écrit pour elle dont le cœur enfermait tant de larmes !
Quelques instants, minutes ou secondes, elle n’aurait su le dire, s’enfuirent encore. Elle attendait le moment tout proche où Marc de Bresles allait dire les mots qui consommeraient leur séparation ; et cette attente lui faisait tant de mal qu’elle eût voulu qu’il les prononçât tout de suite… Elle tressaillit toute, pourtant, en les entendant :
— Adieu, madame. De loin comme de près, je vous serai tout dévoué.
Il s’inclinait très bas. Elle lui tendit la main et il y appuya ses lèvres.