Marc de Bresles attendait, dans le petit salon de Mme Dupuis-Béhenne, qu’elle vînt le recevoir ; et quelque absorbante pensée, sans doute, le préoccupait, lui enlevant la notion des minutes qui s’enfuyaient, car il s’étonna d’entendre la vieille dame l’accueillir en lui disant :
— Mon ami, excusez-moi de vous avoir fait attendre. J’ai été retenue…
— Madame, je vous en prie… C’est moi, au contraire, qui aurais à m’excuser, car j’ai demandé à être reçu en dehors de votre jour. Mais je vais partir…
— Bientôt ? Marc.
— Dans dix jours, madame.
— Comment, c’est déjà le moment ?… Oui je me souviens, vous deviez nous quitter fin novembre… Vraiment, j’ai, je crois, perdu la notion du temps dans toutes les émotions qui m’ont bouleversée depuis quelques semaines. Ah ! mon ami, quelle chose horrible que cet accident du comte de Moraines ! Maintenant encore, je me demande, par instants, si ce n’est pas un mauvais rêve tragique… Mais les faits, malheureusement, sont là pour empêcher toute illusion. Ce pauvre M. de Moraines est mort…
— Et Mlle de Vorges est sa veuve. Cela me semble, à moi aussi, un rêve… un rêve impossible à admettre comme une réalité !
La voix de Marc avait une telle âpreté que Mme Dupuis-Béhenne le regarda un peu saisie. Comme il ne continuait pas, elle affirma :
— Et pourtant, cela aussi est une réalité. Mais je ne m’étonne pas que vous ayez peine à la croire… J’en doute bien, moi qui, pourtant, ai assisté à ce lugubre mariage d’un mourant que sa volonté seule a vraiment fait le miracle de soutenir jusqu’au moment où la cérémonie a été accomplie.
— Vous étiez à Jouventeuil, et vous n’avez pas empêché Mlle de Vorges de consentir à un pareil mariage ?