--Mais pourquoi n'occupent-ils pas les casernes? demande mon grand-père.

--Ils supposent sans doute qu'elles sont minées, fait le garçon boucher.

--Ah! quel malheur qu'on n'ait pas pensé à miner les avenues! s'écrie Louise. On les aurait tous fait sauter pendant la nuit.

--Oh! ils prennent bien leurs précautions, assure le garçon boucher. Il passe des patrouilles partout et ils ont posé des sentinelles à tous les coins de rues; j'ai vu ça il y a une demi-heure, en allant porter de la viande, rue de la Pompe. Et puis, vous savez, c'est dégoûtant, des sauvages comme ça; ils n'achètent même pas de la viande aux commerçants; ils traînent derrière eux des bestiaux qu'ils ont volés à droite et à gauche et ils les ont parqués sur la place d'Armes. Comme c'est propre!

--C'est infâme, dit mon père.

--- Est-ce qu'ils resteront longtemps à Versailles? demande Catherine, songeuse.

--Oh! non. Du moment qu'on a signé une capitulation...

--Une capitulation honorable, fait ma soeur.

--Dans ce cas-là, comme le disait tout à l'heure le patron, ils ont le droit de traverser la ville, mais ils ne peuvent pas l'occuper.

--Çà, dit le père Toussaint, ce n'est pas aussi sûr que du vinaigre.