—De toutes, Barnabé?

—As-tu une cage?

—J’en ai une petite à la cure.

—Je t’en fabriquerai une grande, moi-même, en osier. Ça me connaît, l’osier. Il faut voir comme je le travaille! Mes doigts s’entendent aux treillis les plus compliqués. J’invente des fleurs, je fais des rosaces, des cocardes, des calices, des ostensoires, et pour les cages à deux, quatre, six compartiments, il n’existe pas d’ouvrier pareil. Ah! je suis un fier homme, va, quand je veux m’en donner la peine... Es-tu content à présent?

—Vous êtes bon, Barnabé, vous êtes le meilleur des ermites! m’écriai-je, subjugué à la fois et un peu servile.

Au même instant, je sentis tout mon visage comme noyé dans la barbe profonde du Frère, et des baisers bruyants claquèrent sur mes joues.

Baptiste, qui vaguait à travers le plateau, vint me flairer amicalement aux jambes. Foin de mes peurs! je suivis Barnabé et son âne vers la porte entr’ouverte de l’ermitage.

Dans la cheminée, large et haute, un fagot de branchettes sèches achevait de se consumer. Les braises incandescentes lançaient de courtes flammes blanches. Le Frère, avec une large pelle, ramena sur le devant du foyer les charbons rouges accumulés, puis abaissa dessus un gril de fer noir et luisant.

—Fais-moi passer les brochettes, pétiot, me dit-il.

Sur le coin d’une table en noyer massif, qui occupait le milieu de la vaste pièce,—sans doute salle d’armes de l’ancien château féodal,—trois brochettes avaient été disposées en un plat de grosse faïence verte. Pauvres chardonnerets du verger! ils tenaient leurs pattes et leur bec repliés dans une chemisette blanche de lard fin, et une lancette acérée d’épine leur avait traversé le corps d’outre en outre. L’ermite tendant la main vers moi, je lui abandonnai le plat.