Nous nous remîmes debout. L’ermite siffla de nouveau, plaçant deux doigts entre ses dents. Baptiste, prévenu, se dressa sur pieds.
—Le soleil arrive à mon bourdon, me dit le Frère.
Il me montra son bourdon fiché en terre à quelques pas; le soleil, en effet, en incendiait le petit miroir.
—Il va être onze heures. Montons à Saint-Michel. Aussi bien, l’un et l’autre, poserons-nous nos coudes sur la table avec plaisir. Pour moi, quand la minute a sonné, on ne me vit jamais tourner le dos à la mangeoire.
Nous enfilâmes un sentier ombreux dans les rocailles. Baptiste se prélassait gentiment devant nous.
Je n’ai jamais bien compris pourquoi les chardonnerets, qui volent aux monts d’Orb par bandes innombrables,—il pousse tant de chardons pour les nourrir au pays cévenol!—choisissent de préférence pour y bâtir leurs nids les fourchettes des amandiers. Est-ce la fleur parfumée de cet arbre, lequel s’endimanche de blanc dès les premiers jours de février, qui les attire? Pourtant ces pauvres chardonnerets devraient se méfier, les branches de l’amandier étant si maigres et si grêle étant son feuillage. Cette transparence fait tout découvrir, tout jusqu’au fin bout du bec de l’innocente bestiole, étendue comme morte sur sa couvée.
Au lieu de tirer à gauche vers la porte de l’ermitage, Barnabé tira à droite, m’entraînant du côté du verger.
—Les nichées mûrissent de jour en jour, mon garçon, me dit-il, les oiseaux seront aussi tendres que des prunes.
Il leva la main au-dessus de sa tête, et j’ouïs de petits piaulements étouffés.