—Je n’en serais pas capable, Barnabé.
Il saisit par un mouvement brusque la page où je venais de tracer mes pattes de mouche, et la regarda avec des yeux effroyablement dilatés.
—Et dire que j’ai beau ouvrir mes deux lanternes comme des lunes rondes, je ne distingue, sur ce papier, que du noir et du blanc. Ils sont heureux, ceux qui s’entendent aux écritures et aux lectures! Moi, encore que je ne sois pas une bête, je suis un âne semblablement à Baptiste. Cela est-il bien possible que ma chanson soit là devant moi et que je ne la voie point! Ces petits signes que vous appelez des lettres en votre français, n’ont donc été créés que pour les riches? Oh! si je les avais connus, je ne serais pas ermite... Qui sait ce que je serais!... Quoique Polonais, ce gueux de Venceslas lisait et écrivait...
Ses yeux s’obscurcirent d’une buée épaisse. Le sentiment de son ignorance venait d’arracher presque des larmes au Frère libre de Saint-François.
Il plia la feuille de papier, et, avec mille précautions pour qu’elle ne se froissât point, la glissa dans la fausse poche de sa soutane.
—Tu n’as rien oublié au moins? me demanda-t-il.
—Rien, Barnabé.
—Présentement, il s’agit de remercier le bon Dieu. Allons, fillot, un Adoremus.
Nous tombâmes à genoux sur le gazon, et à pleine voix nous chantâmes, comme nous l’eussions fait dans l’église des Aires:
«Adoremus in æternum sanctissimum sacramentum.»