—Alors, vous aimez les protestants, vous? interrogea Barnabé, dont la bouteille de trois litres, vidée jusqu’à la dernière goutte, des profondeurs de l’estomac, lui envoyait des flammes au visage et des étincelles aux yeux.

—Je les aime comme fait le bon Pasteur, qui les appelle à lui pour leur ouvrir les portes du ciel.

—Eh bien, moi, je les déteste! vociféra le Frère, éclatant comme une mine, et il ne faudrait pas qu’en sortant d’ici il m’en tombât un sous le bourdon! A-t-on jamais vu, des gens qui osent bâtir des églises où l’on ne voit pas le moindre confessionnal! qui appellent communier faire trempette dans un verre! Moi, je me confesse et je communie, selon les règles établies par le bon Dieu dans sa Passion, et je pratique tous les devoirs d’un bon chrétien et d’un bon Frère libre de Saint-François.

Barnabé parlait avec une extrême exaltation. M. Etienne Baticol le regardait, pénétré d’un étonnement indicible.

—Calmez-vous, Frère, calmez-vous, lui repéta-t-il d’un ton presque affectueux.

—Que je me calme, quand j’entends parler des protestants, qui n’ont qu’une idée en tête, se moquer de notre sainte religion! hurla-t-il exaspéré.

Le vieillard appliqua ses deux mains amaigries sur les bras nus de son fauteuil, fit un effort et se mit debout.

—Barnabé Lavérune, dit-il, puisque vous allez à Saint-Gervais, je vous engage à continuer votre route.

—C’est bien ça, vous me renvoyez, à présent que je vous ai expliqué l’Évangile et que vous n’avez plus besoin de moi.