—La poêle est là, fit le vieillard levant la main et désignant la partie de la muraille entre les deux fenêtres.
Barnabé ne tarda pas à découvrir le jambon; il en coupa deux mâles tranches, presque aussi larges qu’épaisses, et la poêle, exposée sur les flammes, commença à chanter.
Huit œufs, encore chauds de la poule, furent jetés sur le jambon, et se roussirent en crépitant, se boursoufflant, lançant de petits jets de vapeur.
En un tour de main, la table se trouva dressée; puis une bouteille de trois litres, découverte au fond d’un placard, fut installée au milieu.
M. Baticol avait derechef affermi ses besicles au bout de son nez et repris tranquillement son livre. Comme les personnes peu habituées à la lecture, qui redoutent toujours de ne pas comprendre, le vieillard lisait à haute voix.
«En ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens: Je suis le bon Pasteur...»
—Et Dieu du ciel, c’est l’Évangile, cela! interrompit l’ermite, qui, m’ayant servi deux œufs, attaquait la première tranche de jambon.
—L’évangile de dimanche prochain, le deuxième dimanche après Pâques, articula M. Baticol... Que Dieu me pardonne! je ne puis plus aller entendre la messe à l’église, dans mon banc de noyer, et M. Martin m’a conseillé de lire l’évangile, pour que le bon Dieu ne m’oublie pas tout à fait, quand bientôt j’aurai tant besoin de lui...
Il poursuivit:
«... Le bon Pasteur donnera sa vie pour ses brebis; mais le mercenaire, et celui qui n’est point Pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, ne voit pas sitôt venir le loup, qu’il abandonne les brebis et s’enfuit; et le loup les ravit et disperse le troupeau...»