Au tronc d’un arbre chauve, je vis attaché le cheval des Garidel. Non loin, se trouvait assis le père de Simonnet. Braguibus était là aussi, occupé à tendre sur le gazon une grande nappe blanche, dont quelques pierres polies aux torrents retenaient les bords. Du reste, c’étaient partout des gens en train de dresser la table et de retirer les victuailles des paniers.

Afin de rejoindre le vieux Garidel, lequel, bien que très religieux, s’était résigné à manquer la messe de Notre-Dame pour nous garder une place commode, nous dûmes descendre le cours de l’eau.

Le ruisseau, s’échappant de la fontaine en bondissements tapageurs parmi les veinules du granit qui percent la peau çà et là, offrait en ce moment le plus singulier spectacle. Il était obstrué de bouteilles de haut en bas: ici, des bordelaises montrant leurs goulots capuchonnés de cire rouge; plus loin, des bourguignonnes aux cols plus allongés cachetées de vert; puis l’armée innombrable des flacons ordinaires de toute forme et de toute grosseur; enfin, clair-semés au milieu de ces verreries diverses, des cruchons de grès où la bière mousseuse rafraîchissait.

—Quels jolis cailloux! s’écria Barnabé, dont l’œil s’alluma.

Nous franchîmes le courant d’un bond et rejoignîmes notre monde.


VII

Braguibus, nouveau Pan, mène le chœur des Nymphes, des Faunes et des Sylvains.

Les Garidel, autrefois, possédaient un troupeau de trois cents chèvres environ, la plus belle cabrade peut-être des Cévennes méridionales; aujourd’hui, leur richesse en bétail avait diminué comme toutes leurs autres richesses, et c’était à peine si, à leur borde de Margal, vingt chèvres aux plantureuses mamelles broutaient parmi les rocailles, sous la conduite d’un bouc magnifiquement encorné.