—Et toi, tu ne donnes rien, petit? me dit M. Martin, souriant.
Je crus son invitation sérieuse, et, passant les doigts dans mon gousset, j’en arrachai deux sous doubles qui ressemblaient à des louis, tant je les avais polis en m’amusant au bouchon. Je jetai bruyamment mon trésor dans l’aumônière du curé d’Hérépian.
Nous sortîmes.
Simonnet rayonnait de bonheur; quant à Liette, elle tenait la tête un peu baissée, mais elle allait si preste, si légère, qu’on eût dit plutôt un oisillon voletant parmi les lavandes et le thym, qu’une personne humaine marchant au milieu des pierrailles, les pieds serrés dans des souliers.
—Es-tu contente, mignonne? lui demanda Simonnet, se décidant en fin de compte à déclaver les dents.
—Je suis bien contente, répondit-elle... Et toi? s’informa-t-elle, relevant son visage où reparut quelque mutinerie.
—Oh! moi, les anges me portent. Non, il ne me souvient pas de m’être trouvé jamais à pareille fête. Il me semble, ma Liette, en ce moment, que je suis plus riche que toi, que tout ce que nous voyons m’appartient: la terre, le ciel et même ce soleil que le bon Dieu fait briller là-haut près de lui. Ah! les jours de moisson, les jours de cueillette de nos châtaignes, quand tout était plein aux greniers et dans les séchoirs et qu’on n’avait plus de sacs pour recevoir la récolte, furent pour moi des jours malheureux comparés au jour d’aujourd’hui!... Tiens, veux-tu que, pour te prouver ce qu’il en est de moi présentement, je te presse dans mes bras et t’embrasse?
—Et si l’on nous voit?
—Que peut faire cela! Le bon Dieu nous voit bien, et son soleil aussi qui n’est pas aveugle.