Celui-ci la regardait, souriait, et elle, pour réduire le révolté, lui dévorait les joues de baisers.

M. le curé d’Hérépian n’avait garde d’oublier pourquoi M. Michelin l’avait envoyé, et, tout en racontant les apparitions célestes dans la vallée d’Orb pervertie, de temps à autre il présentait aux pèlerines,—plus souvent aux dames qu’aux simples paysannes,—sa bourse de velours large et béante comme un gouffre. Des sous y tombaient des mains crochues des montagnardes, mais des doigts gantés des citadines s’échappaient des pièces blanches et quelques rares louis. A ces bruits de monnaies, les marmots dressaient l’oreille, puis reprenaient leurs enjambées.

Le prêtre parfois, s’arrachant au récit de la légende, se tournait vers une pauvre femme inquiète et la rassurait sur l’état de son enfant. Il lui racontait des guérisons miraculeuses. Il fallait voir avec quelle avidité la malheureuse mère buvait ses paroles! L’espérance n’était-elle pas déjà une consolation?

—Tenez, madame, dit M. Martin, au moment où la procession enfantine défilait devant moi, il y a quelques années, nous avons eu à Cavimont un enfant de Bédarieux que les médecins avaient abandonné. La Sainte Vierge l’a guéri; mettez votre confiance en elle.

Une subite émotion m’envahit: dans mon enfance maladive, durant trois années, à la fête du printemps, ma mère, me guidant à travers le roc de Cavimont, m’avait fait parcourir un à un «les pas de la sainte Marie.» Qui sait si ce n’était pas de moi que voulait parler M. Martin? Le souvenir de ma mère m’emplit l’âme, et, comme quelqu’un qui a peur, je pris mes jambes à mon cou.

Me heurtant les coudes à chaque seconde, j’eus envie d’en finir une fois pour toutes avec la multitude des pèlerins, et, en attendant Barnabé qui me rejoindrait après la messe, de me réfugier à l’ermitage. D’ailleurs, dans la basse-cour dépeuplée, ne trouverais-je pas Baptiste paissant les herbes poussées çà et là le long des murs? Il devait bien s’ennuyer tout seul, ce mien ami!

Je posais la main sur le loquet de la masure décrépite de Cavimont, quand je m’entendis appeler. Je me retournai surpris. Dieu! c’était Simonnet Garidel. Son visage épanoui rayonnait comme un soleil. Pensez donc, il avait Juliette Combal à son bras!

—Eh bien! il paraît que vous faites des vôtres déjà! leur dis-je. Vous allez vite en besogne vraiment... Et vos parents, où les avez-vous laissés?

—Mon père est par là, fit Simonnet, étendant son bras dans la direction de la Source.

—Le mien aussi, se hâta d’ajouter Liette.