Tout en devisant de la sorte, nous nous étions engagés dans le sentier de Notre-Dame de Cavimont.


III

Une dînette d’oiseaux à la Source de Notre-Dame de Cavimont.

Le granit, cette armature solide des Cévennes, apparaît un peu partout aux divers endroits de nos montagnes. Ici, c’est un plateau de plusieurs kilomètres, comme le Larzac; ailleurs, des renflements isolés, comme du côté de Saint-Michel; plus loin, quelques veines perdues de la roche-mère, comme à Olargues ou à Eric-sous-Caroux.

Là où le granit, devenu rare, plonge tout à coup aux entrailles du sol, le terrain se recouvre soit d’un humus gras et fertile, très propre à la culture du blé, soit de cailloux roulés très favorables à la vigne, soit de pierrailles volcaniques, tantôt dures, tantôt friables, toujours revêches à la végétation, ainsi qu’on peut l’observer dans les garrigues si attristantes de Carlincas.

Le monticule absolument dépeuplé, à la cime duquel fut bâti l’ermitage de Cavimont, présente un vaste entassement de blocs de toute forme et de toute grosseur. Aux arêtes vives de ces énormes rocailles, on découvre encore comme la trace du feu qui les calcina. En effet, à quelque distance, sur le versant graveleux qui envisage le joli hameau de Villecelle-Mourcairol, s’ouvre un cratère béant. Partout les vestiges des explosions formidables de la terre cherchant son assiette et son repos.

Cependant, à mesure qu’on gravit vers le sommet cette élévation encombrée de ruines, la roche primitive, un moment abolie, reparaît, et c’est sur un cube de granit mesurant huit cents mètres au moins d’étendue que portent les murailles de l’ermitage de Cavimont, celles de la chapelle de Notre-Dame, celles enfin du sanctuaire de Sainte-Anne-la-Marieuse, édifié à l’extrémité du plateau.

Dans le sentier escarpé qui monte, monte, monte sans fin, Baptiste suait, soufflait, était rendu. Il s’arrêta. Barnabé s’essuya le front et haleta bruyamment. Moi, je m’assis sur une pierre plate, respirant avec délices à pleine bouche et à plein cœur.