En faisant ces réflexions pleines de cet effarement que l’isolement et la nuit provoquent chez tous les êtres faibles, en particulier chez les enfants, j’avais dénoué la longe de cuir qui retenait Baptiste à la mangeoire et l’avais conduit jusqu’à la porte de l’écurie, contre la claire-voie grande ouverte. Pourquoi avais-je délié ma bête? Je n’en savais rien. Je menai l’âne près du perron des Combal, et là je l’enfourchai sans plus ample délibération.

Allais-je partir au galop? Point. Je demeurai vissé sur ma monture, immobile, prenant un plaisir aussi véritable qu’il me serait difficile de l’expliquer à sentir Baptiste entre mes jambes, à l’entendre renâcler de temps à autre, à le voir, à lui caresser l’encolure de mes deux mains. Je n’étais plus seul!

Brusquement, les choses obscurcies reparurent à mes yeux, sous une lumière dont les ondes grises et blanches descendaient de Saint-Michel. J’attendis tout haletant. La lune se levait du côté de l’ermitage, derrière les masses monstrueuses des châtaigniers; je distinguai, à travers les rameaux que ses rayons timides pénétraient doucement, d’abord ses yeux, puis son nez, puis sa bouche, enfin toute sa large face ronde splendidement épanouie.

Au même instant, les noisetiers de Lavernière, morts, ensevelis, ressuscitèrent, et, par intervalles, l’eau du ruisseau se montra luisante et polie comme un miroir.

«Nous trouverions bien notre route à présent!»

Et mes talons frisaient déjà le poil profond de Baptiste, prêts à s’y enfoncer, quand la porte des Combal s’ouvrit tout en haut du perron.

Liette parut.

—Que fais-tu là sur ta bête? me demanda-t-elle.

—Je pars pour Saint-Michel... J’attendais la lune pour y voir.