Soudain une ombre se dressa à mes côtés et une voix brève demanda :

— Est-ce vous, mademoiselle de Brives ?

Je reconnus la voix de M. de Hauteville, mais j’étais troublée et ne répondis pas immédiatement. La nuit était entièrement tombée, on ne distinguait plus rien. Sa main se posa sur mon bras.

— Est-ce vous ? répéta-t-il. Renée s’effraye et craint qu’il ne soit arrivé un accident.

A ces mots, je me levai sans parler.

— Que faisiez-vous là ? redemanda-t-il encore plus brièvement.

— Je ne sais, murmurai-je.

Une exclamation irritée faillit lui échapper. Il la réprima aussitôt, et, passant sa main sous mon bras, m’entraîna le long de la côte. Il marchait si rapidement que la respiration me manquait, mais je n’aurais osé me plaindre ; je le suivais haletante et silencieuse. Pas une parole ne fut prononcée entre nous. Sur le perron nous trouvâmes Renée qui nous attendait. Elle courut à moi, s’écriant :

— Quel bonheur que vous soyez rentrée ! J’avais si peur pour vous !

Elle m’entraîna dans sa chambre, me fit sécher devant son feu et boire du thé bouillant sous prétexte que j’avais risqué ma vie dans ces brouillards. Quant à son mari, il ne fit pas la moindre allusion à cet incident et ne prononça pas un mot d’excuse sur la rudesse de sa conduite. Il passa la soirée, absorbé dans ses plans et ses livres, sans daigner nous honorer de ses paroles.