Petit Louis dit d’un ton égaré :
— Moi, j’ai rien fait, jamais.
— Mais non, couine la mère, il n’a rien fait ; c’est un bon petit, messieurs. Il fait sa tête comme ça, mais il n’a rien fait. Il est jeune, il faut excuser la jeunesse. Non, il n’a rien fait, je vais avec vous, j’expliquerai à votre général. Il ne faut rien lui demander, il ne sait pas parler. Moi, je suis sa mère et je comprends tout.
L’agent ressemble à un curé, il regarde tout le monde d’un air incertain, comme s’il hésitait entre bénir et faire la quête. Il esquisse un geste.
Les soldats agrippent Petit Louis.
— Suivez-nous ! ordonne l’agent. (Il ajoute d’une autre voix, à l’intention du père :) Si j’avais des enfants pareils !
— Moi aussi, répond inconsciemment le vieux.
La pièce est abandonnée, elle reste ample et grave comme un sanctuaire. Le revolver gît sur le matelas. Le jour et le bruit ne comptent plus.
La mère descend son ventre dans l’escalier, elle s’évertue en soufflant, elle attend d’être en bas pour continuer de souffrir. Le père fixe le crâne désolé d’Hélène, un crâne pareil à une joue d’homme mal rasée. Sa fille est à demi décapitée.
Jadis, elle m’apportait mes pantoufles lorsque je rentrais du travail…