Des F.F.I. vont et viennent dans le poste, avec l’air préoccupé. Dans la rue, la populace attend patiemment l’arrivée de nouveaux détenus. Parfois elle s’écarte pour laisser passer une traction noire, d’où l’on fait descendre des types à coups de pied au cul. Alors un hurlement de fureur s’élève, et la foule s’incurve pesamment comme un gros câble mal tendu.

Une pièce enfumée communique avec le poste : lieu saint où soldats et agents pénètrent, déférents.

Les nouveaux prisonniers y sont introduits afin d’y subir un questionnaire hâtif.

— Viens ! ordonne l’agent.

Hélène suit l’homme volontiers, comme elle suivait le marin bronzé tout à l’heure. Ça la soulage d’obéir à une volonté extérieure.

Un aréopage éclectique — officiers et civils autoritaires — interrogent âprement les accusés. Un petit homme chafouin recueille Hélène. Il la regarde sans émotion : il ne peut pas savoir qu’elle était jolie, que dans six mois elle le sera de nouveau.

L’agent explique :

— Chef, c’est une pouffiasse.

— Bon, admet l’homme.

— Elle couchait avec un officier boche, je les ai souvent vus ensemble lorsque je faisais la circulation devant la Kommandantur, bras dessus, bras dessous, chef.