Les vitres de la croisée brillent dans la nuit, d’un éclat pénible d’œil aveugle.
La mère dort avec de faibles cris.
Hélène s’énerve dans son corps privé d’amour depuis plusieurs jours déjà. Une chaleur sourde coule des dormeurs.
Petit Louis essaie de comprendre sa sécurité présente ; la fameuse épuration dont « ils » parlent représente une action tellement vaste que chaque cas ne pourra, de prime abord, être âprement poursuivi. « Ils » se rendront à leur domicile et, devant la porte close, penseront à une fugue. Ici, lui et les siens ne craignent rien…
Alors, pourquoi ne pas se pelotonner dans cette torpeur un peu sinistre ? Oui, sinistre, puisque la mort bivouaque tout près. Il suffira peut-être d’un rien, d’un hasard… Petit Louis s’éveille tout à fait ; l’œil terrifiant d’une mitraillette fixe son front. Des étincelles peuvent en jaillir, bleues, fulgurantes, crépitantes, comme arrachées du silex.
« Ça me ferait quoi ? » se demande-t-il.
Des compagnons miliciens, ayant reçu des balles, lui ont affirmé que cela se traduit seulement par un choc chaud et capiteux.
Petit Louis se met sur son séant. Dans le noir, sa mort lui paraît horrible. Il n’a pas la force de la penser. Il tourne la tête du côté de sa mère, est-il envisageable que cette femme ne puisse rien pour lui ? Pourtant ne l’a-t-elle pas sauvé de la maladie ?
Le passé de Petit Louis vient de se glisser dans la chambre et le flaire avec méfiance comme un chien qui ne reconnaît plus bien son maître.
Petit Louis s’allonge et tète un mégot éteint. Il coule le long de sa vie. Le voici quinze années en arrière, en pleine enfance, dans le pavillon de banlieue où il est né ; au cours d’une terrible pleurésie, à l’heure solennelle et bienheureuse de la journée où sa souffrance observait un répit.