Une odeur de feu parvient des faubourgs. La ville désordonnée titube dans sa joie. Hélène doit errer dans cette cohue capiteuse, à la recherche d’une brèche par où ils fuiront. La mère attend anxieusement, murée dans sa viande.

Hélène avait joué dans une pièce pour patronage, autrefois. Elle tenait un rôle de page et elle était tellement gracieuse ainsi, que plusieurs de ses camarades étaient tombées amoureuses d’elle. Elles lui écrivaient des lettres puériles, farouches et malsaines, que je découvris dans le cartable d’Hélène.

Non, la grosse femme ne s’inquiète pas tellement au sujet de sa fille, Hélène inspire trop facilement l’amour pour avoir à redouter la cruauté des peuples.

Un martèlement de foule en marche, encadrée de huées, retentit dans la rue. Le père se met à la fenêtre. Il voit défiler un cortège tragique d’hommes et de femmes abrutis par la peur, tenant les mains sur la tête. Des soldats placides les escortent. Des enfants courent derrière la colonne en jetant des pierres.

« Que seront les hommes de demain ? se demande le père. Cette haine qu’ils ne comprennent pas influera-t-elle sur leur existence ? Peut-être le jour arrivera-t-il où personne n’acceptera de percer des tunnels. »

Les prisonniers avancent mornement.

— À mort ! À mort ! trépigne l’assistance.

Le père se prend la tête à deux mains.

— Les salauds ! crie Petit Louis.

— Qui ça ? questionne naïvement la mère.