Un peu d’espoir lui occupe l’esprit. Il pense au monde radieux et il a hâte d’être vieux.
Son père, malgré l’angoisse de l’heure, conserve une tranquillité inattaquable, qui est une insulte pour Petit Louis.
Un oiseau effarouché par le bruit vient se percher sur la croisée. Sa minuscule queue tapote l’air frénétiquement. Petit Louis et ses parents retiennent leur souffle. La colombe est vraiment un beau symbole. L’oiseau sautille sur ses pattes qui ressemblent à deux frêles tiges. C’est une présence précaire, avec un mouvement d’ébullition.
— Qu’est-ce que c’est comme oiseau ? questionne Petit Louis.
— Je ne sais pas, répond le père. Un moineau ?
— On ne s’intéresse jamais aux oiseaux, fait le garçon, on les regarde comme des plantes. Ils tombent du ciel. La vie de ces bêtes est marrante. À ton avis, ils appartiennent davantage au ciel qu’à la terre ?
— Bien sûr, dit le père.
— Eh ben non, triomphe Petit Louis, regarde celui-là, il pue la vie, il ne bouge pas car il a peur… Il est comme nous. Son petit cœur doit cogner dur.
L’oiseau s’envole et disparaît. Un soleil éteint dans sa chaleur glisse silencieusement devant la fenêtre.
La mère qui s’était retenue de vivre, à cause de l’oiseau, bat des paupières à plusieurs reprises. Une sécrétion jaunâtre suinte de ses narines. Sa peau est criblée de points noirs. On dirait qu’elle vient de faire un long voyage en chemin de fer.