Ils s’égosillent généreusement. Eux aussi auront fait quelque chose : parés de tricolore, ils exploitent la gloire de ceux qui n’en veulent plus. Huile médiocre sur le feu de l’épopée. Des spasmes d’accordéon s’étirent dans le bleu câlin du jour.

Petit Louis soupire en regardant la fumée lasse qui flotte au-dessus des toits. Ce décor lui est familier comme un vice. Il bâille. Le père examine la bouche ouverte de son fils avec curiosité. Il pense : « Lorsqu’on bâille, c’est qu’on est inactif ». À cette idée, un petit métronome se déclenche dans son corps.

Le tunnel est vide aujourd’hui. Il dort dans son obscurité et son silence. De temps à autre une pierre, un peu de terre glissent, une goutte d’eau tombe : flac ! dans une flaque qui l’accepte. Demain il contiendra à nouveau un monstrueux fourmillement d’hommes et reculera devant leurs pics. Mais demain où sera le père ?

Le vieux bute sur son immobilité.

Il réfléchit un moment et se sent envahi par la chaleur d’une décision. C’est d’une voix changée, sonore et autoritaire qu’il parle.

— Mes enfants, annonce-t-il, nous allons sortir de là aujourd’hui même, c’est notre seule chance de nous en tirer.

— De jour ? questionne vivement Petit Louis.

— Bien sûr. Je présume que cette nuit, la circulation ne sera pas aisée. Il faut s’attendre à des vérifications d’identité. Tandis qu’en ce moment, rien n’est encore organisé. Tout le monde chante…

Petit Louis fixe son père d’une manière insultante.

— Alors, tu crois que je vais tenter le coup comme ça, en me basant sur tes pronostics ?