Un grand silence descend dans son cœur, il chancelle, son cerveau brusquement dévasté se tait.

Hélène dit :

— La guerre sera bientôt finie, tout reviendra.

Elle se souvient des gâteaux légers qui donnaient, lorsqu’on y plantait les dents, une impression de vide sucré.

— En somme, poursuit-elle, pendant quatre ans la France aura connu une paix hideuse, la paix la plus terrible de son histoire.

La mère s’écrie soudain :

— Qu’est-ce que tu as, Albert ?

Son homme est d’une pâleur terrible, d’une pâleur rejoignant le bleu. Son menton pend et l’on aperçoit sa langue lâchée sur un lit de salive ; on dirait que ses vêtements ne font plus partie de sa personne. Son âme est inerte dans son individu. Il est mort dans son grand vieux corps. Son sang coule pour rien, comme l’heure dans une pièce vide.

Et puis son regard se remet à vivre. Il repart peu à peu dans l’intelligence, se dirige vers Petit Louis et l’interpelle.

— Dis donc, balbutie-t-il, ces soldats-là, tu en as tué ?