Le père pleure sur son coude. La mère regarde son ventre d’un air stupide, d’un air de se demander ce qu’elle pourrait bien en faire une fois pour toutes.
Hélène murmure :
— Il me semble maintenant que tout pourrait recommencer. S’ils sont là, Otto est mort, Eugène est mort, tous les personnages de notre dernière vie se sont engloutis et leur disparition nous libère. Peut-être bien, écoutez-moi vous autres, peut-être que les véritables libérés dans cette ville, c’est nous. Si nous voulons devenir des êtres neufs, nous le pouvons.
La ville trépigne, un ciel bleu se déroule. En bas, les tanks chargés de marins ripent dans le tumulte. Tout le monde s’embrasse.
Petit Louis réfléchit. Il reçoit les acclamations comme des coups, il tremble, meurtri et affolé.
— Recommencer ! s’écrie-t-il. Recommencer ! Tu charries. Il ne s’agit pas de le vouloir, il faut pour recommencer l’assentiment des autres. Et puis je n’ai pas le courage de changer de route. À la rigueur je pourrais essayer de modifier ma façon d’être, mais les souvenirs, qu’en fais-tu ? Il y a en a des tas comme ça que je n’oublierai jamais et qui rigolent de ma figure de salaud.
Hélène hausse les épaules.
— Tu devrais avoir honte de toujours faire pitié, affirme-t-elle, tu manques de dignité. La dignité c’est pas grand-chose, mais il y a des cas — et tu en es un — où elle peut tenir lieu de morale.
Elle se détourne.
Le défilé se poursuit, et la populace ne se lasse pas. Tous ces gens passeraient le reste de leur vie à regarder couler la victoire. Les femmes clament :