— Connasse ! grince Petit Louis.

Il met les mains dans ses poches.

Le père soupire. Il y a des moments où il ne reconnaît plus bien ses enfants. Ceux-ci lui échappent. Ah ! c’est pénible de gérer d’autres âmes lorsqu’on n’a pas d’intelligence.

Et puis, ça a été une coalition : la médiocrité, la guerre. Petit Louis est devenu une crapule avant de devenir un homme.

Le père s’en est aperçu. Il se demandait ce qu’il convenait de faire pour réagir. Sévir ? Mais ces garçons-là ont un peu de poil sous le nez et se cabrent à la moindre piqûre d’amour-propre. Discuter ? Le père ne sait pas. Les mots, pour lui, sont comme des petites tablettes huilées difficiles à saisir, impossibles à classer. Alors il a fermé les yeux obstinément et, lorsque le remords le tenaille, il l’assomme contre la montagne qu’il est en train de percer.

Ses compagnons le comprennent, car tous ont également quelque chose à oublier. Quelque chose qu’ils aimeraient défoncer à coup de pic. Ils connaissent leurs travers, mais se supportent gaillardement. L’amitié n’est-elle pas faite, avant tout, d’indulgence ?

« — Ton gamin, disaient certains, a tort de frayer avec cette milice, ça n’est pas très propre. Et puis peut-être qu’un jour… »

Alors le père buvait. Et lorsqu’il était ivre, le monde tournait dans le bon sens.

N’empêche que le jour de gloire est arrivé, tout de même. Il est là, étalé dans la rue, pas très propre, pas très beau, couleur de sang. Et Petit Louis, blême, le regarde horrifié.

Un trait de jour sertit les volumes extérieurs. Petit Louis s’accoude à la fenêtre.