Le père sort sa pipe de sa poche, puis il tâte sa blague à travers sa veste et fait la grimace.
Sans un mot, Petit Louis tend son paquet de cigarettes. Le père en prend deux et les écosse maladroitement, comme des haricots. Les feuilles blanches, éventrées et vidées, tombent à terre dans un vol maladroit. Hélène les regarde tristement : ces feuilles sont perdues et n’ont jamais servi. Il y avait en elles une intention, une petite vie. Hélène s’arrête, interdite, devant les deux minuscules cadavres de papier.
Le canon s’est tu. Des mitrailleuses maintenant déchirent l’espace.
— Ça tape dans le tas, fait le père allégrement.
Petit Louis prête l’oreille.
— C’est des machines allemandes, assure-t-il d’un ton connaisseur ; à la milice nous en avions comme ça.
Le père tire sur sa pipe. Quelle manie ont les hommes de se foutre des coups de mitrailleuse.
— Au fond, remarque-t-il, votre milice a modifié le sens de la guerre. Vous avez fait de la Résistance un malfaiteur. C’était maladroit, on n’aime pas le gendarme en France.
— Je sais, murmure Petit Louis, « ils » sont tous avec eux maintenant.
— « Eux », c’est l’avenir, dit le père.