Comme les enfants, elle glisse un regard vitrifié au père, car le père demeure relativement vrai dans l’écroulement de leur vie courante. La lune a glissé de son visage et s’étale sur sa poitrine. La mère se dit :
« Tiens ! il dort avec sa veste. »
Et ça l’ennuie parce qu’il s’agit de la veste neuve. Une veste neuve demeure une veste neuve tant qu’on l’utilise pour vivre des circonstances particulières. Mais dès l’instant où elle participe à des fonctions courantes, elle perd toute aristocratie.
La mère pense :
« Le jour arrive irrémédiablement où il va à la pêche avec une veste neuve déchue. »
Un grand souffle de fatalité l’apaise.
Elle est couchée sur le dos. Autrefois cette position lui causait des palpitations, mais depuis son gros ventre, elle s’est habituée. Si elle se couche sur le côté, son ventre tombe comme un sac de farine et cette besace de vie, toute flasque à côté d’elle, la terrorise.
Elle recommande souvent aux siens :
« — Lorsque je mourrai, prenez garde à ce qu’on descende mon cercueil bien d’aplomb. »
Elle veut être enterrée avec son ventre couché sur elle.