Tout le jour, Petit Louis attendait ce généreux moment. Et il pensait à la mort comme au bleu de son voyage, c’est-à-dire, comme à une féerie délicate dans laquelle la vie n’avait plus besoin d’être vivante.

Personne ne croyait plus à sa mort. Il était malade depuis trop longtemps. Le médecin lui-même, qui chuchotait des présages au début, se taisait ; on ne cherchait pas à comprendre ce caprice de la nature.

Mais l’enfant savait bien qu’il ne guérirait jamais : il connaissait tellement de choses merveilleuses qu’une mémoire ne peut conserver (et en effet ne les a-t-il pas à peu près oubliées maintenant ?). Les prodiges de la chambre, à l’heure oisive du crépuscule, appartenaient à un monde qui ne se laissait pas entraîner dans l’amertume des guérisons. Son corps ne contenait plus qu’une féerie familière, intraduisible en vivant.

La barque glissait dans l’aurore bleue que Petit Louis buvait à pleine bouche. Et voici qu’au loin, dans ce halo radieux, se dressait une sorte de phare fantomatique et gris, évocateur des périls qu’il devait conjurer. En approchant de l’édifice, la barque ralentissait ; ses formes se dérobaient, elle redevenait un meuble innocent, une misérable commode chargée de flacons maussades. Le phare inexorable s’animait et se transformait en une silhouette humaine qui demandait d’une voix effroyablement connue :

« — Tu as bien dormi, mon chéri ? »

Finie l’heure tendre et bleue, fini le voyage céleste au cours duquel la présence de Petit Louis se suffisait à elle-même. Il demeurait seul avec sa souffrance. Celle-ci s’élevait en lui, comme un vent chargé d’odeurs néfastes. Il ne pouvait la fuir. Au début il s’était réfugié dans la glace. Il avait demandé à sa mère :

« — Entrouvre un peu la porte de l’armoire, de façon à ce que je puisse m’y voir. »

« — Petit coquet !… »

Il avait habité dix jours dans la glace au tain brumeux qui contenait un grand jardin orné de grands arbres, de bancs moussus, de bassins glougloutants et puis il avait fini par s’apercevoir dans le miroir.

Un univers venait de choir dans la réalité.