— Seulement ça n’a pas été de ton goût et vous l’avez foutu au jus avec une pierre au cou. C’est une méthode vieille comme la variole, et on en guérit moins bien.
Il sursaute.
— Pas vrai ! brame-t-il, je suis en dehors du coup ! Rancardez-vous ! Nos alibis sont sans bavure ! D’abord Fred a été balancé dans le Rhône, et le Rhône c’est pas notre lavabo à nous !
Tout ce qu’il me dit me paraît sensé. J’ai avancé cette vanne, histoire de le mettre en boule. Voilà qui est fait.
— Lorsqu’il m’a annoncé qu’il larguait… les amis, j’y ai filé une toise histoire de lui apprendre la correction, mais ça a pas été plus loin. On n’allait pas se mouiller pour un faux poids, non ?
Je souris.
— Écoute, Veitzer, on en sait tellement long sur toi qu’on pourrait récrire Les Mille et Une Nuits; alors fais pas l’enfant de chœur. Je connais le milieu. Un zig ne s’en va pas les mains dans les poches d’une bande comme la vôtre. Un gang c’est pas l’administration, suffit pas d’envoyer sa démission pour avoir le grand campo, ceux qui les mettent se retrouvent à la morgue avec tellement de plomb dans l’aile qu’ils ne peuvent plus voler, si tu me permets ce jeu de mot innocent. Pour que t’aies laissé se râper Almayer, fallait que t’aies un motif. Et tu l’as eu. Stumer est allé te causer, il t’a dit qu’il avait besoin d’un gnace comme Almayer, et il te l’a acheté juste comme on achète la gagneuse d’un maq, c’est pas vrai ?
J’ai vu juste.
Mes paroles lui arrivent sur la potiche comme des cailloux. Il est out !
Lentement, il se remet à jaffer sa choucrance. Je profite de ce qu’il se fout dans la clape un cervelas gros comme ma cuisse pour lui filer le coup final.