— Et surtout la perds pas de l'œil. La remise à bois est à gauche du préau… Y a des vieux sacs par terre et de la sciure. Tâche d'apporter à boire en revenant.
Les filles nous ont regardés sortir avec des sourires hideux et prestes qui essayaient d'exprimer du respect et de l'admiration.
* * *
Une fois dans la cour, je lui ai demandé :
— Comment t'appelles-tu ?
— Hélène.
Je l'ai poussée du côté de la remise parce que le copain nous observait derrière la porte vitrée. La nuque d'Hélène paraissait fragile comme une tige d'airain ; sa tête tondue me faisait penser à la boule duveteuse du pissenlit après un coup de vent ; elle ressemblait à une sorte de moignon tendre. Une fois dans la remise, j'ai vu qu'il existait une porte basse ; je l'ai ouverte avec beaucoup de peine ; elle donnait dans un petit hangar où étaient remisés des objets d'entretien, des bancs et de vieux pupitres démantelés. Une grande porte à glissière faisait communiquer cet appentis avec la rue de derrière. Cette porte-là était fermée au moyen d'un cadenas rouillé que j'ai pu faire éclater en le tordant violemment, Hélène ne cessait de m'observer, mais, cette fois, j'ai lu de la curiosité dans ses grands yeux tristes et j'en ai été presque heureux.
— Alors, lui ai-je demandé, ça ne t'épate pas ?
Elle a détourné la tête sans répondre. Elle avait peur de tout compromettre par une parole malheureuse ou une fausse attitude.
— As-tu une chemise ou une combinaison blanche ? ai-je questionné.