— Le bon temps est déjà fini, a-t-il dit d'un ton mélancolique. Ç'aurait été avant-hier, on leur aurait collé une balle dans le but à chacune ; mais maintenant on est en République, alors il va falloir les juger. Quelle comédie ! Si on les condamne à mort, il faudra douze balles, sans compter qu'on devra se lever avant le jour pour la cérémonie…
Il devait avoir bu. C'était un type nerveux, à l'air maladif.
Il a haussé les épaules avant de poursuivre :
— Je cause de ça, mais je sais bien qu'elles s'en tireront toutes, ces garces. D'ici le procès, leurs tifs auront repoussé, et comme les juges sont de vieux mirontons, elles leur feront de l'œil. C'est couru.
Je l'écoutais distraitement. Cet homme avait des yeux de sadique narquois dont je ne pouvais soutenir l'éclat. Je regardais les prisonnières ; avec leur tête rasée, elles ressemblaient toutes à des petits garçons.
C'est à cet instant que j'ai aperçu Hélène. Elle a retenu mon attention parce qu'elle différait des autres. Ses compagnes étaient anxieuses ; sur son visage à elle, on ne décelait qu'une calme tristesse.
— Tu reluques le bétail, m'a dit le gardien… Si le cœur t'en dit… Je t'assure que, cette nuit, on ne s'est pas embêté… Il s'en est passé de belles, dans la remise à bois. Tu peux pas savoir ce qu'une femme est capable de faire quand elle a la frousse.
Le regard d'Hélène a croisé le mien. C'était un regard bleu et doux.
— Cette môme ne doit pas être mal avec des crins, hein ? m'a chuchoté le camarade. Tu veux que je te la prête un quart d'heure ?
Il a fait signe à la jeune fille d'approcher et a poursuivi :