Non ! Non ! Tout devait continuer coûte que coûte.
Je vivrais avec un secret, voilà tout. Hélène ne saurait rien, non plus que ses parents. Je finirais bien par me justifier à mes propres yeux.
* * *
Je suis arrivé vers minuit au pavillon. Du bas de la côte, j'ai aperçu la lumière rose de notre lampe à pétrole et j'ai pleuré de soulagement. Hélène m'attendait. J'allais la prendre dans mes bras, la serrer contre ma poitrine et respirer l'odeur neuve de ses cheveux. La B 2 a avalé la montée sans protester. J'ai traversé le parc ; des paquets de neige se détachaient des arbres et tombaient avec un bruit flasque sur le toit de l'auto. Dans la lumière des phares, je voyais danser un paysage familier, figé dans l'hiver. Hélène se tenait dans l'encadrement de la porte, la lampe à la main. Je n'apercevais qu'une moitié de son visage dans laquelle luisait un œil. Je me suis avancé, en balançant au bout de mon bras gauche le paquet que la grosse femme avait préparé à son intention.
— Bonjour, ma vie !
Elle a ouvert ses bras, la lampe tremblait et un filet de fumée noire, rectiligne, sortait du verre.
— C'est toi ! ai-je balbutié. C'est toi…
La porte s'est refermée toute seule ; la lampe s'est éteinte, soufflée par le même courant d'air. J'ai cherché des allumettes dans le pavillon. Je ne parvenais pas à mettre la main sur la boîte.
— Tu les as vus ? a chuchoté Hélène.
— Oui.