Les idées volages du souverain se portèrent plutôt sur les dames d’honneur ou les lectrices de la maison de l’Impératrice. On cite, dans cette catégorie, « Mme de Vanday, qui était alors une très belle femme ; elle fixa pour quelque temps les regards du souverain, mais sa faveur fut de courte durée ».

Un peu plus durable paraît avoir été sa liaison avec Mme D…, femme d’un conseiller d’État.

De-ci, de-là, quelques caprices éphémères pour des lectrices de l’Impératrice ; on en compte jusqu’à trois dans cette spécialité, puis la liaison de l’Empereur avec Mme Gazani, une fort belle Génoise, liaison qui, selon Constant, dura environ un an, avec des rendez-vous n’ayant lieu qu’à des époques assez éloignées ; c’est à peu près le menu fretin des péchés mignons de Napoléon, avant d’en arriver au seul engouement réel et durable qu’il ait jamais éprouvé dans ses infidélités conjugales.

XIV

Entre la bataille d’Iéna (13 octobre 1806) et la bataille d’Eylau (8 février 1807), l’Empereur avait procédé à l’occupation de la Pologne.

En France, la réputation de beauté des Polonaises était grande ; et la pauvre Joséphine, comme pénétrée du pressentiment d’un danger imminent, était agitée nuit et jour par les ardeurs les plus vives de sa jalousie. Elle, qui, jadis, avait mis tant de résistance à rejoindre Bonaparte en Italie, écrivait lettres sur lettres à Napoléon pour qu’il la fît venir en Pologne. Avec une impatience fébrile, elle attendait un mot du maître lui donnant rendez-vous dans une ville. « Chaque soir, dit la duchesse d’Abrantès, elle faisait des réussites qui devaient lui apprendre si enfin elle recevrait l’ordre de départ tant désiré. »

Dans le milieu de jolies femmes où il vivait, l’Empereur se souciait peu de voir arriver sa femme ; il lui faisait espérer une prochaine réunion, et, tout en s’appliquant à détourner ses soupçons, en bon bourgeois qui médite une infidélité, il se montre plus tendre, plus chaleureux. « … Toutes ces Polonaises sont Françaises, mais il n’y a qu’une femme pour moi. La connaîtrais-tu ? je te ferais bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que tu te reconnusses… Ces nuits-ci sont longues tout seul. »

Pour retarder l’arrivée de sa femme, il invoque toutes les raisons possibles, et se retranche derrière la force majeure. Ce n’est probablement pas sans un sourire ironique qu’il développait en si petite affaire ce grave aphorisme : « Plus on est grand, et moins on doit avoir de volontés, l’on dépend des événements et des circonstances. »

Il ne s’oppose pas à ce qu’elle voyage, mais pas du côté de la Pologne : « Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. » Puis, revenant sur l’implacable force des choses, il ajoute : « … Vous autres, jolies femmes, vous ne connaissez pas de barrières ; ce que vous voulez doit être ; mais moi, je me déclare le plus esclave des hommes ; mon maître, c’est la nature des choses… »

Cette philosophie résignée, qui aurait tant plu à Joséphine en 1796, n’était pas pour la contenter dix ans plus tard, alors qu’elle ne savait comment se rendre agréable à Napoléon, alors qu’elle redoublait de prévenances en lui envoyant de petits objets d’utilité, destinés à prouver sa sollicitude pour le bien-être de son mari : « Un officier m’apporte un tapis de ta part, écrit l’Empereur, il est un peu court et étroit ; je ne t’en remercie pas moins… »