« L’on est, ici, assez bien et fort porté à la gaieté ; l’on dirait que chacun a à s’indemniser du temps qu’il a souffert, et que l’incertitude de l’avenir porte à ne rien épargner pour les plaisirs du présent.

« … Moi, je suis satisfait, il ne me manque que de pouvoir me trouver à quelque combat ; il faut que le guerrier arrache des lauriers ou meure au lit de la gloire.

« Cette ville (Paris) est toujours la même ; tout pour le plaisir, tout aux femmes, aux spectacles, aux bals, aux promenades, aux ateliers des artistes.

« … Moi, très peu attaché à la vie, la voyant sans grande sollicitude… Je finirai par ne pas me détourner lorsque passe une voiture…

« Je suis attaché dans ce moment-ci au bureau topographique du Comité de Salut public pour la direction des armées, à la place de Carnot. Si je le demande, j’obtiendrai d’aller en Turquie comme général d’artillerie, envoyé par le gouvernement pour organiser l’artillerie du Grand Seigneur, avec un bon traitement et un titre d’envoyé très flatteur…

« La commission et l’arrêté du Comité de Salut public qui m’emploie pour être chargé de la direction des armées étant très flatteur pour moi, je crains qu’ils ne veuillent plus me laisser aller en Turquie ; nous verrons…

« L’on est ici fort tranquille, l’on va renouveler le tiers de la Convention ; je suis accablé d’affaires depuis une heure après midi. A cinq heures au Comité, et depuis onze heures du soir jusqu’à trois heures du matin.

« … Depuis que je n’ai plus Louis, je ne peux vaquer qu’aux affaires principales… J’aurai demain trois chevaux, ce qui me permettra de courir un peu en cabriolet et de pouvoir faire toutes mes affaires…

« Je ne vois dans l’avenir que des sujets agréables, et en serait-il autrement qu’il faudrait encore vivre du présent : l’avenir est à mépriser pour l’homme qui a du courage…

« Je viens de lire dans un rapport imprimé, que Cambon a fait sur les affaires du Midi, la phrase suivante : « Nous étions dans ces imminents dangers, lorsque le vertueux et brave Bonaparte se mit à la tête de cinquante grenadiers et nous ouvrit le passage… »