—Quant à toi, reprit-il, si l'on vient te chercher, tu as une hallebarde pour te défendre.

M. de Nancrais entraîna Belle-Rose et passa dans l'appartement de M. de Luxembourg. Au nom du colonel, le général se tourna brusquement vers la porte.

—Avez-vous l'ordre? s'écria-t-il.

—Je l'ai, répondit M. de Nancrais en tirant une dépêche de son habit; vous aurez bientôt, monsieur le duc, ajouta-t-il, vingt occasions de signaler votre courage contre les ennemis du roi et du royaume; une autre se présente maintenant de signaler votre générosité. Voici un officier qui réclame votre protection.

—Le capitaine Belle-Rose! s'écria le duc.

Et spontanément il courut embrasser le jeune homme.

—Vous avez cherché mon appui, et mon appui ne vous faillira pas, dit-il; aussi bien comme je suis la cause du mal, c'est à moi de le réparer.

Belle-Rose voulut l'interrompre; M. de Luxembourg l'arrêta d'un geste.

—Certes, dit-il, j'ai fait ce que j'ai pu; mais puisque je n'ai point réussi, je n'ai rien fait. L'incendie du couvent des dames bénédictines de la rue du Cherche-Midi et l'enlèvement de Mme d'Albergotti ont fait échouer mes démarches au moment où peut-être elles allaient aboutir. Le roi y a vu un attentat contre la religion, et vous savez quelle est son humeur sur ce chapitre-là. J'ai dû me taire, espérant qu'on vous oublierait. Mais voici la guerre, Belle-Rose; l'épée peut tout conquérir.

—J'essayerai, dit Belle-Rose avec un fier sourire.