La mort, qu'il avait vue de si près, rendait la vie plus douce à Belle-Rose. Si les mêmes causes de douleur subsistaient, le don volontaire qu'il avait fait de sa jeune existence lui semblait un sacrifice suffisant, après quoi le désespoir n'avait plus le droit de lui rien demander. Le sacrifice avait été offert, la fortune l'avait refusé, Belle-Rose et le sort étaient quittes. Il se passe souvent au fond des âmes, même les plus sincères, de ces sortes de compromis qui expliquent les choses en apparence les plus inexplicables. Le sergent, miraculeusement sauvé, ne se rendit pas compte du mouvement mystérieux qui s'opérait en lui; mais à la vue de Cornélius, qui lui tendait la main par-dessus la table, il prit un verre de vin d'Espagne, l'avala d'un trait, et, le coeur bondissant, il comprit qu'il y avait encore dans l'avenir place pour la jeunesse, l'espérance et l'amour.
—Je vous dois donc la vie! s'écria Belle-Rose en pressant la main du gentilhomme irlandais. Un jour mon honneur, le lendemain ma tête; si vous continuez de ce train-là, comment voulez-vous que je m'acquitte jamais?
—Il vous sera plus aisé de le faire que vous ne pensez, répondit
Cornélius.
—Parlez donc bien vite!
—Tout à l'heure il en sera temps. Si vous consentiez tout de suite, je serais trop tôt votre débiteur. Et d'ailleurs, de cette dette dont vous parliez à l'instant, vous ne me devez guère que la moitié.
—La moitié seulement?
—Eh! sans doute! Ce parchemin qui vous a sauvé des balles, je l'ai apporté, mais je ne l'ai pas obtenu.
—Quoi! ce n'est pas vous…
—Eh! mon Dieu, non.
—Mais qui donc, alors?