On passa à l'appartement du fils du baron. Léon ordonna un cabinet tout revêtu de bois de chêne, avec des meubles de bois sculpté et de grandes bibliothèques, un salon entouré de moelleux divans, et une petite salle d'armes.

Vint le tour du jardin. Ce fut le sujet de graves discussions, mais on finit par tomber d'accord. On en fit un vaste jardin pittoresque, avec de grandes pelouses vertes entourées de fleurs. «Ce sera, dit Geneviève, comme un châle de cachemire vert-émir, avec ses bordures de palmes harmonieusement bariolées.»

Au milieu d'une des pelouses était une pièce d'eau irrégulière, qui s'échappait en un petit ruisseau traversant la partie boisée et touffue du jardin. Dans certaines parties de l'ordonnance, il y eut un peu de souvenirs de Fontainebleau, si cher au frère et à la sœur.

«M. d'Arnberg a donc des chevaux? demanda Léon.

—Oui, et d'assez beaux, qu'il amènera avec lui; seulement il faudra que nous en achetions un pour le jeune homme.

—Oh! dit Léon, nous lui achèterons un cheval gris de fer, avec la crinière et les jambes noires.»

On avait passé ainsi une partie de la journée. Comme ils sortaient de la maison, ils virent les Champs-Élysées remplis de voitures et de cavalcades. Le frère et la sœur ne purent se défendre d'un sentiment de tristesse en voyant ces magnificences, en se rappelant toutes celles qu'ils venaient d'ordonner, et en songeant à la médiocrité de leur existence. Ils furent quelque temps sans parler.

Geneviève, la première, rompit le silence, et dit, répondant à la pensée de son frère: «Nous avons toujours le soleil et la douce paix, et notre tendre amitié.

—Oh! dit Léon, c'est pour toi que je voudrais être riche, pour toi si jolie, et qui aurais tant de succès au milieu du monde dont notre pauvreté nous éloigne!»

Le frère et la sœur avaient parlé à voix basse; je ne sais si M. Anselme les entendit, mais il essuya ses yeux avec la manche de son habit marron.