«Je viens, dit-il, vous proposer une partie de promenade. Je suis chargé des affaires de M. le baron d'Arnberg: c'est un riche seigneur allemand qui veut fixer son séjour à Paris; je fais, sur les plans qu'il m'a confiés; construire pour lui une maison dans les Champs-Élysées. M. d'Arnberg m'a donné des instructions précises sur les points importants; mais il s'en rapporte à moi pour les détails. La maison est à peu près terminée; il s'agit de la décorer et de planter le jardin. M. d'Arnberg a un fils et une fille qu'il chérit. Il faudrait préparer leur logement à tous deux; mais je suis vieux, et je ne me rappelle plus guère ce qui plaît à un jeune homme. D'autre part, j'ignore entièrement les goûts d'une jeune fille: il faut donc que vous m'aidiez dans mon entreprise et que vous me donniez des conseils. Nous déjeunerons dans les Champs-Élysées, et nous irons visiter la future habitation du baron.»
La maison s'ouvrait par une grille sur les Champs-Élysées. A droite de la grille étaient le logement du portier et les remises: à gauche s'étendaient les écuries. Par une avenue plantée d'arbres, on arrivait à la maison, à laquelle on montait par un perron à grille dorée. Les appartements étaient vastes et élevés; quoiqu'ils ne fussent pas encore tendus, les riches sculptures de cheminées de marbre, les glaces énormes que l'on enchâssait dans les panneaux, donnaient déjà l'idée du luxe que l'on voulait y mettre. Derrière la maison, par un perron, on descendait dans un immense jardin déjà plein de vieux gros arbres, et encombré de jardiniers qui attendaient l'arrivée et les ordres de M. Anselme. Après s'être promenés partout, Geneviève et Léon commencèrent à donner leur avis. Il fut décidé que le salon de réception serait or et blanc: qu'il y aurait un autre salon plus petit, cramoisi et or. Mais ce fut pour l'appartement de Mlle d'Arnberg que Geneviève se livra à ses fantaisies.
«M. d'Arnberg est-il riche? demanda-t-elle.
—Très-riche, répondit M. Anselme.
—En ce cas, on peut lui faire dépenser de l'argent pour sa fille.
—Il la chérit, ajouta M. Anselme.
—Très-bien. Alors commençons. L'appartement de Mlle d'Arnberg se compose de six pièces. C'est bien grand.
—Mais, dit Anselme, M. d'Arnberg veut qu'elle reste chez lui quand elle sera mariée.
—C'est égal, il y en a trois qui sont séparées: ne nous occupons pas du mari. La première pièce sera un petit salon bleu et or; la seconde, la chambre à coucher, sera tendue de soie bleue, avec de la mousseline blanche par-dessus la soie. La dernière pièce sera la salle de bains; elle sera, à hauteur d'appui, revêtue de marbre blanc; il y aura une baignoire de marbre blanc et des consoles pareilles. Mais c'est surtout le mobilier que je me propose de choisir. Il y a une foule de riens qui ruineront votre baron et qui enchanteront sa fille.
—Vous pourrez, dit M. Anselme, tout régler sur ce point; j'ai à ce sujet des pouvoirs illimités: le baron paye, non sans compter, mais sans hésiter.»