Je promis, et ne pus m'empêcher de fondre en larmes, en prononçant ces paroles qu'elle exigea: «Je te promets de ne pas te quitter jusqu'à ce que tu sois tout à fait morte.» Alors, j'osai lui dire: «Mon Dieu! si Léon était ici, je suis sûre qu'il te gronderait bien, j'ai envie de l'envoyer chercher.»

Maman alors me regarda fixement; son regard n'avait presque rien d'humain; il me pénétrait le cœur. Rose s'en aperçut, et me poussa le pied. Je repris: «Mais non, c'est pour lui un moment de travail, et tu ne voudrais pas qu'il se dérangeât pour une maladie qui est presque finie.

—Non, non, dit-elle avec force, il ne faut pas qu'il se dérange; il faut qu'il travaille, qu'il travaille beaucoup: dis-le-lui bien, Geneviève, dis-le-lui de ma part.»

Le soir, nous avons dîné avec Rose dans sa chambre. Tout à coup.... Mais que te dire? Maman est morte, ma pauvre maman est morte! tout se trouble et se confond dans ma tête; seulement je vais te dire ce qu'a fait Rose. Maman te croyait là, elle te parlait, elle te disait: «Léon, tu prendras soin de Geneviève; c'est tout ce que je te lègue; je prierai pour vous deux dans le ciel.» Je ne pouvais retenir mes sanglots; le médecin et M. Semler m'ont emportée, et Modeste est restée avec moi en bas. J'étais presque évanouie, je ne sentais rien, je ne savais plus rien de ce qui se passait.

Rose tout à coup est descendue; elle m'a dit: «Geneviève, tu souffriras; mais tu aurais trop de regrets plus tard; tu as promis à ma tante de rester près d'elle; le médecin dit qu'elle va mourir....

—Y pensez-vous, mademoiselle? dit Modeste. Faire voir un pareil spectacle à cette pauvre petite!»

M. Semler, qui avait suivi Rose, s'écria aussi qu'il ne souffrirait pas qu'on me laissât remonter.

Je me suis jetée dans les bras de Rose, et je l'ai suivie. Oh! Léon! Léon, si tu avais vu notre pauvre mère, les yeux hagards, les mains cherchant à saisir quelque chose dans l'air! Je me suis jetée à genoux, et je lui ai dit: «Maman, maman, m'entends-tu? entends-tu ta Geneviève?» Ses yeux alors se sont fixés sur moi: j'ai pris sa main, et elle a saisi la mienne avec une force effrayante; elle ne pouvait plus parler; elle râlait horriblement! Mon Dieu! j'ai vu cela, moi!

Rose me tenait l'autre main et me la serrait, et me disait: «Courage, Geneviève, le bon Dieu te donnera de la force.

—Emmenez cette enfant, disait le médecin; la malade ne se sent plus, ne voit plus, n'entend plus: c'est une torture inutile.