«Monsieur de Redeuil, dit Mme de Dréan, me permettrez-vous de continuer ma leçon?»
Léon se sentit rouge: c'était demander à Rodolphe s'il fallait le renvoyer. Rodolphe s'inclina sans parler; mais, avant sa réponse, Léon avait repris sa place au piano et avait donné le ton à Mme de Dréan. Elle chanta un morceau, après lequel Léon lui dit: «Ce n'est pas bien.» Rodolphe se leva et dit: «C'est ravissant.»
Léon, à son tour, feignit de ne pas l'entendre et fit voir à Mme de Dréan en quoi elle avait manqué; seulement, comme la manière dont Rodolphe lui avait fait son compliment était plus que désobligeante pour lui, il ajouta: «Il y a des gens qui trouveraient cela bien; mais vous êtes assez heureusement douée pour ne pas vous arrêter à un à-peu-près vulgaire et de mauvais goût.»
Mme de Dréan demanda à Rodolphe s'il était musicien; il répondit: «Non; j'ai depuis un an un pauvre diable de maître de piano qui fait tous les jours une lieue dans la boue pour venir me donner une leçon que je ne prends presque jamais; seulement j'ai imaginé, depuis quelque temps, de lui faire jouer quelques drôleries sur le piano, je lui donne son cachet, et il s'en va.
—Pauvre diable, en effet, murmura Léon, d'être obligé de supporter cela!
—Vous devriez imiter mon exemple, dit Rodolphe; M. Lauter a un joli talent sur le violon, cela vous amuserait.
—Je connais, dit Mme de Dréan, le talent de M. Lauter; il a eu la bonté de se faire entendre à ma dernière soirée où il a bien voulu venir.»
Léon remercia Mme de Dréan dans son cœur; Rodolphe se mordit les lèvres. Mme de Dréan ajouta: «Pourquoi n'êtes-vous pas venu?
—Je n'aime pas la musique, répondit Rodolphe, et votre billet m'avait averti que votre soirée était toute musicale; d'ailleurs, j'avais promis à...»
Léon l'interrompit par un prélude sur le piano et dit: «Voulez-vous, madame, que nous redisions cette si vieille chanson que vous aimez?»