«Il ne néglige pas de nous apprendre de quelles teintes se parent les forêts de l'automne: les tilleuls sont jaunes; les marronniers roux; les chèvrefeuilles bleuâtres; tout cela est fort joli; la vigne vierge pend des grands murs en hardis festons pourpres et amarantes. Je le veux bien. Il ne rencontre pas une fleur sans nous préciser sa couleur et son parfum; il nous dit bien au juste la nuance de vert de chaque brin d'herbe. Cela fait bien quelque plaisir, mais enfin, c'est ce que nous savons aussi bien que lui; et au fait, cela ne sert à rien, tandis qu'on peut trouver un bon modèle à suivre dans une jolie toilette, et il pourrait bien nous parler des femmes avec autant de détails et d'amour que des fleurs de son jardin.»
Je pourrais répondre à cette exclamation par trois cents raisons; mais j'aime autant céder, et je vous dirai la toilette de Geneviève,
Et aussi la toilette de Rose,
Et aussi la toilette d'Anaïs,
Et aussi, si cela peut vous être agréable, la toilette de Mme ***.
Et aussi la mienne; mais cela ne serait pas convenable: je suis, en ce moment, en robe de chambre et en pantoufles.
Je vais faire allumer par mon nègre, un Savoyard de treize ans intitulé père Michel, la plus grande de mes pipes de cerisier. Le père Michel va serrer ses soldats de plomb et me donner du feu; et je vais me rappeler les toilettes en question, en fumant un tabac parfumé de benjoin et d'aloès, ce que je vous recommande, ô vous qui fumez; ce que je vous recommande, ô vous qui ne fumez pas, de recommander à ceux qui fument près de vous.
XIII
La toilette de Geneviève.—La toilette de Rose.—La toilette d'Anaïs.—La toilette de Mme Michaud.
Commençons par Anaïs. Voulez-vous aussi le portrait d'Anaïs? Anaïs est assez jolie, mais insignifiante, c'est tout ce que je me rappelle. Malheureusement je n'invente pas ce que je raconte, et il y a des choses que j'ai oubliées, d'autres que je n'ai pas regardées au moment où elles se sont passées; et, quand il m'arrive de vouloir combler une lacune avec l'imagination, cela fait disparate de la manière la plus choquante, et j'efface. Voilà donc tout ce que je sais d'Anaïs; mais sa toilette, je me la rappelle parfaitement, parce que j'ai entendu des femmes en parler dans les plus grands détails. C'était: