IX
M. Charles Merruel à M. Léon Lauter.
Monsieur Léon Lauter, vous vous moquez de moi, et peut-être vous avez raison; permettez-moi cependant d'expliquer un peu ma conduite. J'ai vu plusieurs fois, cet hiver, mademoiselle votre sœur; j'ai été touché autant de son air de douceur et de décence que de sa beauté. Je suis négociant; je me suis figuré que je ne saurais jamais écrire à une jeune fille une lettre capable de la bien disposer en ma faveur. D'autant qu'en pensant à mademoiselle votre sœur, je ne trouvais à dire que ce que je viens vous dire aujourd'hui: «J'ai trente-cinq ans, je suis presque riche, j'aime mademoiselle votre sœur; le plus grand désir que je sente dans mon cœur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit heureuse par moi.» J'ai ouvert, dans mon embarras, le livre qui passe pour renfermer les phrases d'amour les plus éloquentes, et j'ai copié, si bien copié, qu'il paraît que j'ai même négligé de changer le nom qui se trouve dans le livre. Je sais très-bien que mademoiselle votre sœur ne s'appelle pas Julie, mais Geneviève; j'ai appris sur elle tout ce que j'ai pu apprendre, et tout ce que j'ai appris a augmenté mon amour. Aujourd'hui, si mon langage est simple et vulgaire, du moins je parle moi-même et je vous répète: «J'ai trente-cinq ans, je suis presque riche, j'aime mademoiselle votre sœur; le plus grand désir que je trouve dans mon cœur est qu'elle soit ma femme et qu'elle soit heureuse par moi.» Cette fois, vous pourrez me répondre sans me renvoyer au livre de Rousseau.
J'ai l'honneur d'être, monsieur Léon Lauter, votre, etc.
>CH. MERRUEL.
X
Léon communiqua la lettre à Geneviève et dit:
«Cette fois la lettre est sérieuse, et il faut répondre sérieusement. Ce M. Merruel me paraît un excellent homme, fort touché de tes attraits. Que veux-tu que je lui réponde? Le connais-tu?
—J'ai dansé avec lui cet hiver, dit Geneviève; mon oncle l'a nommé devant moi.