Le lendemain Léon reçut une lettre ainsi conçue:

«Monsieur,

«Une découverte que nous avons faite, et qui nous donne le chagrin de voir notre fils échapper encore aux plans que nous avions conçus pour son éducation et pour son bonheur, nous oblige à avancer l'époque de ses voyages. Il sera donc privé de vos excellentes leçons. Recevez, avec mes regrets, l'assurance de ma considération distinguée.

«SANLECQUE.»

VIII

Un matin, on apporta un énorme bouquet pour Geneviève; le lendemain, un autre bouquet non moins beau; le surlendemain, un troisième bouquet avec une lettre. Geneviève donna la lettre à son frère; on y lisait:

«Je vous vois tous les jours, mademoiselle, et je m'aperçois que, sans y songer, vous aggravez innocemment des maux que vous ne pouvez plaindre et que vous devez ignorer, etc.»

La lettre était signée d'un monsieur CHARLES MERRUEL, qui donnait son adresse. Léon lui répondit:

«Monsieur,

«Vous avez écrit à ma sœur; elle me charge de vous répondre: c'est vous dire assez quelle est la réponse. Ma sœur ne reçoit ni lettres ni bouquets d'un homme qu'elle ne connaît pas. Permettez-moi d'ajouter, pour ma part, qu'elle est assez jolie pour qu'on lui fasse des lettres exprès pour elle. Pourquoi du reste, monsieur, demandez-vous une réponse? vous en pourriez trouver de toutes faites, comme vos lettres, dans la Nouvelle Héloïse de Rousseau; et ces réponses au moins seraient d'un style égal au style de vos épîtres, que ma sœur (qui ne s'appelle pas Julie) ne pourrait jamais atteindre.