—Prenez votre temps, Monsieur; prenez votre temps.
À la troisième, il eut honte de lui-même et fit feu.
Il y eut un moment d'angoisse terrible parmi les témoins. Mais, aussitôt le coup parti, Georges se tourna successivement à gauche et à droite, et, saluant ces deux messieurs, pour leur indiquer qu'il n'était pas blessé:
—Eh bien, Monsieur, dit-il à son adversaire, vous voyez bien que j'avais raison, et que, quand on tire sur un homme, on est moins sûr de son coup que lorsqu'on tire sur une plaque.
—C'est bien, Monsieur, j'avais tort, répondit l'adversaire de Georges. Tirez à votre tour.
—Moi, dit Georges en ramassant son chapeau qu'il avait posé à terre, et en tendant son pistolet au garçon du tir, moi, tirer sur vous? Pourquoi faire?
—Mais c'est votre droit, Monsieur, s'écria son adversaire et je ne souffrirai pas qu'il en soit autrement. D'ailleurs, je suis curieux de voir comment vous tirez vous-même.
—Pardon, Monsieur, dit Georges avec son imperturbable sang-froid, entendons-nous, s'il vous plaît. Je n'ai pas dit que je vous toucherais, moi. J'ai dit que vous ne me toucheriez pas; vous ne m'avez pas touché. J'avais raison; voilà tout.
Et, quelque prétexte que pût lui donner son adversaire, quelques instances qu'il fît pour qu'il tirât à son tour, Georges remonta dans son cabriolet et reprit le chemin de la barrière de l'Étoile en répétant à son ami:
—Eh bien, ne te l'avais-je pas dit, que cela faisait une différence de tirer sur une poupée ou de tirer sur un homme?