Les deux jeunes gens montèrent chacun dans son cabriolet, accompagnés chacun d'un ami.

Arrivés sur le terrain, les deux témoins voulurent arranger l'affaire, mais c'était chose difficile. L'adversaire de Georges exigeait des excuses, et Georges prétendait qu'il ne devait ces excuses que dans le cas où il serait blessé ou tué, puisque, dans ce cas seulement, il aurait tort.

Les deux témoins perdirent un quart d'heure en négociations qui n'amenèrent aucun résultat.

On voulut alors placer les adversaires à trente pas l'un de l'autre; mais Georges fit observer qu'il n'y avait plus d'expérience réelle si on n'adoptait point la distance à laquelle on tire d'habitude sur la plaque c'est-à-dire vingt cinq pas. En conséquence, on mesura vingt-cinq pas.

Alors on voulut jeter un louis en l'air pour décider à qui tirerait le premier; mais Georges déclara qu'il regardait ce préliminaire comme inutile attendu que le droit de primauté appartenait tout naturellement à son adversaire. L'adversaire de Georges de son côté, se piqua d'honneur, et insista pour que le sort décidât d'un avantage qui, entre deux hommes d'une force si grande, donnait toute chance à celui qui tirerait le premier. Mais Georges tint bon, et son adversaire fut obligé de céder.

Le garçon du tir avait suivi les combattants. Il chargea les pistolets avec la même mesure, la même poudre et les mêmes balles que celles avec lesquelles les expériences précédentes avaient été faites. C'étaient aussi les mêmes pistolets. Georges avait imposé ce point comme une condition sine qua non.

Les adversaires se placèrent à vingt-cinq pas, et chacun d'eux reçut des mains de son témoin un pistolet tout chargé. Puis les témoins s'éloignèrent, laissant aux combattants la faculté de tirer l'un sur l'autre dans l'ordre convenu.

Georges ne prit aucune des précautions usitées en pareille circonstance, il n'essaya de garantir avec son pistolet aucune partie de son corps. Il laissa pendre son bras le long de sa cuisse et présenta, dans toute sa largeur, sa poitrine entièrement désarmée.

Son adversaire ne savait ce que voulait dire une telle conduite; il s'était trouvé plusieurs fois en circonstance pareille: jamais il n'avait vu un semblable sang-froid. Aussi cette conviction profonde de Georges commença-t-elle à produire son effet. Ce tireur si habile, qui n'avait jamais manqué son coup, douta de lui-même.

Deux fois il leva le pistolet sur Georges, et deux fois il le baissa. C'était contre toutes les règles du duel; mais à chaque fois, Georges se contenta de lui dire: