En un instant, chacun est au poste désigné d'avance et armé des armes légères qui lui sont dévolues; les gabiers de combat s'élancent dans les hunes avec leurs carabines. La mousqueterie se range sur les gaillards et les passavants, les espingoles sont montées sur leurs chandeliers, les canons sont démarrés et mis en batterie, des provisions de grenades sont faites dans tous les endroits d'où l'on pourra les faire pleuvoir sur le pont ennemi. Enfin, le maître de manœuvres fait bosser toutes les écoutes, établir des serpenteaux dans la mâture, et hisser à leur place les grappins d'abordage.
L'activité n'était pas moins grande dans l'intérieur du bâtiment que sur le pont. Les soutes à poudre sont ouvertes, les fanaux des puits sont allumés, la barre de rechange est disposée; enfin, les cloisons sont abattues, la chambre du capitaine déménagée, et l'on y roule deux pièces de canon qu'on établit en retraite.
Puis il se fit un grand silence. Jacques vit que tout était prêt, et commença son inspection.
Chaque homme était à son poste et chaque chose à sa place.
Néanmoins, comme Jacques comprenait que la partie qu'il allait jouer était une des plus sérieuses qu'il eût faites de sa vie, l'inspection dura une demi-heure. Pendant cette inspection, il examina chaque chose et parla à chaque homme.
Lorsqu'il remonta sur le pont, la frégate avait encore visiblement gagné sur lui, et les deux bâtiments n'étaient plus séparés que par un mille et demi de distance.
Une demi-heure s'écoula encore, pendant laquelle il n'y eut certes pas dix paroles échangées à bord de la corvette; toutes les facultés de l'équipage, des chefs et des passagers, semblaient s'être concentrées dans leurs yeux.
Chaque physionomie exprimait un sentiment en harmonie avec son caractère: Jacques l'insouciance, Georges l'orgueil, Pierre Munier l'inquiétude paternelle, Sara le dévouement.
Tout à coup une légère nappe de fumée apparut au flanc de la frégate, et l'étendard de la Grande-Bretagne monta majestueusement dans les airs.
Le combat était inévitable: la corvette ne pouvait plus revenir au vent; la supériorité de la marche était évidente. Jacques ordonna d'abaisser les bonnettes, pour ne pas conserver de voiles inutiles à la manœuvre; puis, se retournant vers Sara: