Pierre Munier avait écouté tout ce plaidoyer les yeux fixes, la respiration suspendue, serrant les mains de Laïza entre ses mains; puis, à ces dernières paroles, lui jetant les bras au cou:

—Laïza! Laïza! s'écria-t-il; oui, oui, je te comprends, il n'y a que ce moyen: toute la meute anglaise sur moi, c'est cela, et tu sauves mon Georges.

—Je le sauve ou je meurs avec lui, dit Laïza, voilà tout ce que je puis vous promettre.

—Et je sais que tu tiendras ce que tu promets. Attends seulement que j'aille encore une fois embrasser mon enfant, et je pars.

—Non, non, dit Laïza; si vous le voyez, vous ne voudrez plus le quitter; s'il sait que vous vous exposez pour sauver sa vie, il ne voudra pas le permettre; partez, partez! Et vous tous, suivez-le; quatre hommes seulement avec moi, les plus forts, les plus vigoureux, les plus dévoués.

Une douzaine d'hommes se présentèrent.

Laïza en désigna quatre; puis, comme Pierre Munier hésitait à partir:

—Les Anglais! les Anglais! dit-il au vieillard; dans un instant, les Anglais seront ici.

—Ainsi, à l'embouchure de la Grande-Rivière? s'écria Pierre.

—Oui, si nous ne sommes ni tués ni pris.