Mais, sans écouter les plaintes, les supplications et les prières du condamné, Laïza tira son couteau, et, d'un seul coup, trancha tous les liens qui retenaient Antonio; au même instant, et sur un ordre de lui, les deux hommes lâchèrent la branche, qui se tendit, enlevant avec elle le malheureux Malais.
Un cri terrible, un cri suprême, un cri dans lequel semblaient s'être réunies toutes les forces du désespoir, retentit et alla se perdre, lugubre, solitaire, désolé, dans les profondeurs des forêts: tout était fini, et le corps d'Antonio n'était plus qu'un cadavre se balançant au bout d'une corde au-dessus du précipice.
Laïza resta un instant encore immobile, et regardant le mouvement de vibration de la corde, qui se calmait peu à peu; puis, lorsqu'elle fut arrivée à peu près à tracer sur l'azur du ciel une ligne perpendiculaire et immobile, il prêta de nouveau l'oreille aux aboiements du chien, qui n'était plus qu'à cinq cents pas à peine de la caverne: il ramassa son fusil, qu'il avait posé à terre, et, se retournant vers les autres nègres:
—Allons, mes amis, dit-il, nous voilà vengés; maintenant, nous pouvons mourir.
Et, les précédant d'un pas rapide, il marcha avec eux vers les retranchements.
[Chapitre XXVI—La chasse aux nègres]
Laïza ne s'était pas trompé, et le chien, en suivant les traces de son maître, avait conduit les Anglais droit à l'ouverture de la caverne; arrivé là, il s'était élancé au milieu des buissons, et s'était mis à gratter et à mordre les pierres. Les Anglais avaient compris alors qu'ils étaient au terme de leur course.
Aussitôt, ils avaient fait avancer des soldats armés de pioches, et les soldats s'étaient mis à l'œuvre. Au bout d'un instant, une ouverture assez large pour qu'un homme pût y passer était pratiquée.
Un soldat allongea le haut du corps, afin de regarder par l'ouverture. Aussitôt un coup de fusil se fit entendre, et le soldat tomba la poitrine traversée d'une balle; un second soldat succéda au premier, et tomba comme lui; un troisième s'avança à son tour et eut le même sort.