—Croyez-vous ce qu'il dit? demanda Laïza.
—Non! non! non! répétèrent toutes les voix.
—Mes bons amis, mes chers amis, dit Antonio, écoutez-moi, je vous en supplie!
—Silence! dit Laïza.
Puis il continua, de ce même accent solennel qu'il avait toujours conservé, et qui indiquait la grandeur de la mission qu'il s'était imposée:
—Antonio n'est donc pas une fois, mais trois fois traître; Antonio aurait donc mérité trois fois la mort si l'on pouvait mourir trois fois. Antonio, prépare-toi donc à paraître devant le Grand-Esprit, car tu vas mourir!
—C'est un assassinat! s'écria Antonio, et vous n'avez pas le droit d'assassiner un homme libre; d'ailleurs, les Anglais ne peuvent pas être loin; j'appellerai, je crierai. À moi!... à moi!... Ils veulent m'égorger! ils veulent....
Laïza saisit la gorge du Malais et étouffa ses cris entre ses doigts de fer; puis, tournant la tête vers les nègres:
—Préparez une corde, dit-il.
En entendant cet ordre, qui lui présageait le sort qui l'attendait, Antonio fit un si violent effort, qu'il brisa une partie des liens qui le retenaient. Mais il ne put se dégager du plus terrible de tous, de la main de Laïza. Cependant au bout de quelques secondes, le nègre comprit, aux convulsions qu'il sentait courir dans tout le corps d'Antonio, que s'il continuait de le serrer ainsi, la corde deviendrait bientôt inutile. Il lâcha donc la gorge du prisonnier, qui laissa tomber sa tête sur sa poitrine comme un homme qui râle.