—Oui, oui, crièrent des voix dans la foule; oui, nous libres, maître Georges a donné liberté à nous.

—Mais il est lié avec les blancs, dit Antonio.

—En face de vous tous, répondit Georges, j'ai rompu avec eux hier.

—Mais il aime une fille blanche, dit Antonio.

—Et c'est un triomphe de plus pour nous autres hommes de couleur, répondit Georges; car la fille blanche m'aime.

—Mais, si on vient la lui offrir pour femme, reprit Antonio, il nous trahira, nous, et pactisera avec les blancs.

—Si on vient me l'offrir pour femme, je la refuserai, répondit Georges; car je veux la tenir d'elle seule, et n'ai besoin de personne pour me la donner.

Antonio voulut faire une nouvelle objection, mais les cris de «Vive Georges! vive notre chef!» retentirent de tous côtés et couvrirent sa voix de telle façon, qu'il ne put prononcer une parole.

Georges fit signe qu'il voulait parler, chacun se tut.

—Mes amis, dit-il, voici le jour, et, par conséquent, l'heure de nous séparer. Jeudi est jour de fête; jeudi, vous êtes tous libres; jeudi, à huit heures du soir, ici, au même endroit, j'y serai; je me mettrai à votre tête, et nous marcherons sur la ville.