—Georges Munier! s'écrièrent dix mille voix.

—Oui, Georges Munier, dit Laïza. Vous avez demandé un chef qui puisse opposer la ruse à la ruse, la force à la force, le courage au courage; le voilà!... Vous avez demandé un chef qui ait vécu avec les blancs et avec les noirs, qui tint par le sang aux uns et aux autres, le voilà!... Vous avez demandé un chef qui fût libre et qui fît le sacrifice de sa liberté; qui eût une case et un champ, et qui risquât de perdre sa case et son champ; eh bien, ce chef le voilà! Où en chercherez-vous un autre? où en trouverez-vous un pareil?

Antonio demeura confondu; tous les regards se tournèrent vers Georges, et il se fit une grande rumeur dans la multitude.

Georges connaissait les hommes auxquels il avait affaire, et il avait compris qu'il devait avant tout parler aux yeux: il était donc revêtu d'un magnifique bournous tout brodé d'or, et, sous son bournous, il portait le cafetan d'honneur qu'il tenait d'Ibrahim-Pacha, et sur lequel brillaient les croix de la Légion d'honneur et de Charles III; de son côté, Antrim, couvert d'une magnifique housse rouge, frémissait sous son maître, impatient et orgueilleux à la fois.

—Mais, s'écria Antonio, qui nous répondra de lui?

—Moi, dit Laïza.

—A-t-il vécu avec nous? connaît-il nos besoins?

—Non, il n'a pas vécu avec nous; mais il a vécu avec les blancs, dont il a étudié les sciences; oui, il connaît nos désirs et nos besoins, car nous n'avons qu'un besoin et qu'un désir: la liberté.

—Qu'il commence donc par la rendre à ses trois cents esclaves, la liberté.

—C'est déjà fait depuis ce matin, dit Georges.